Google et le jeu vidéo : les leçons de l’échec de la startup Arcade
En mai 2018, l’annonce de la création d’Arcade, une startup interne au sein de l’incubateur « Area 120 » de Google, avait suscité une vive curiosité. Portée par Michael Sayman, alors jeune prodige de 21 ans débauché de chez Facebook, Arcade devait réinventer le jeu social sur mobile. Cependant, moins de deux ans plus tard, le projet s’est éteint dans l’indifférence. Avec le recul, cet épisode n’était que le premier acte d’une série de rendez-vous manqués entre le géant de Mountain View et l’industrie vidéoludique.
L’ambition d’Arcade : le jeu social au cœur de l’écosystème
Le concept d’Arcade était simple : créer des jeux mobiles originaux qui ne nécessitaient pas de console, mais simplement un compte Google et une liste de contacts. Contrairement aux jeux traditionnels, l’objectif n’était pas seulement le divertissement, mais la création d’un réseau social axé sur le jeu. Michael Sayman, fort de son expérience sur les fonctionnalités sociales chez Facebook, voyait en Arcade le moyen de capter l’attention de la génération Z.
Le premier titre, Proxi, était un jeu de trivia (questions-réponses) multijoueur. L’idée était de transformer le smartphone en un plateau de jeu convivial. Malgré l’appui technique de Google, le projet a souffert d’un manque de visibilité et d’une intégration trop timide avec les autres services de l’entreprise, comme YouTube ou Android.
Un symptôme de l’instabilité stratégique de Google
L’histoire d’Arcade illustre parfaitement le plus grand défaut de Google dans le domaine du divertissement : le manque de persévérance. À l’instar de nombreux projets nés dans l’incubateur Area 120, Arcade a été lancé comme une expérience. Dès que les premiers indicateurs de croissance n’ont pas atteint les sommets vertigineux espérés par Google, le projet a été délaissé.
Cette tendance à « lancer et abandonner » est devenue une marque de fabrique. Quelques années après Arcade, le monde a assisté à l’ascension fulgurante, puis à la chute brutale de Stadia, le service de cloud gaming ambitieux de Google. Là encore, malgré une technologie de pointe, Google a sous-estimé la difficulté de s’imposer sur un marché où l’exclusivité des contenus et la fidélité des joueurs sont les clés du succès.
De la startup Arcade à la fin de Stadia : un schéma répétitif
Si l’on analyse le parcours de Google dans le gaming depuis 2018, on remarque un schéma récurrent :
- L’innovation technique : Qu’il s’agisse de jeux sociaux légers (Arcade) ou de streaming haute performance (Stadia), la base technologique est souvent solide.
- L’absence de culture gaming : Google traite souvent le jeu vidéo comme de la simple donnée ou du trafic. Le groupe a toujours peiné à comprendre qu’un jeu est une œuvre culturelle nécessitant des années de développement et une communauté soignée.
- La fermeture prématurée : Contrairement à Microsoft (Xbox) qui a accepté de perdre de l’argent pendant dix ans avant de devenir un leader, Google coupe les budgets dès que le profit immédiat n’est pas au rendez-vous.
Quel héritage pour Google dans le jeu vidéo en 2026 ?
Aujourd’hui, Google semble avoir abandonné ses rêves de devenir un éditeur ou un constructeur majeur. L’entreprise se concentre désormais sur ce qu’elle fait de mieux : la distribution. Le Google Play Pass et l’intégration de mini-jeux dans YouTube sont les lointains héritiers de la vision de Michael Sayman et d’Arcade.
L’échec d’Arcade nous rappelle qu’avoir les meilleurs ingénieurs du monde et des moyens financiers illimités ne suffit pas pour conquérir le cœur des joueurs. Le jeu vidéo demande du temps, une identité forte et, surtout, une vision à long terme que Google n’a pas encore réussi à stabiliser.
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