Ubisoft et Vivendi : le récit d’une guerre pour l’indépendance et l’arrivée de Tencent
Le feuilleton qui a tenu l’industrie française en haleine pendant près de trois ans a pris fin en mars 2018. Après une montée au capital agressive et la menace d’une offre publique d’achat (OPA) hostile, le géant des médias Vivendi, dirigé par Vincent Bolloré, a finalement jeté l’éponge face à la résistance acharnée d’Ubisoft et de ses fondateurs, les frères Guillemot. Cet accord historique a non seulement marqué le départ d’un prédateur financier, mais a aussi ouvert la porte à un nouveau partenaire stratégique mondial : le géant chinois Tencent.
Le dénouement d’un bras de fer de trois ans
L’accord de 2018 prévoyait la vente de l’intégralité de la participation de Vivendi, soit environ 27,3 % du capital d’Ubisoft, pour une valeur de 2 milliards d’euros. Pour reprendre ces parts sans déstabiliser le marché, Ubisoft a orchestré une sortie millimétrée. L’entreprise a racheté une partie de ses propres actions, tandis que la famille Guillemot, des investisseurs institutionnels et le groupe Tencent se sont partagé le reste.
Pour Yves Guillemot, ce fut une victoire idéologique et stratégique. Pendant des mois, le PDG d’Ubisoft avait martelé que l’entrée de Vivendi détruirait la créativité du studio. En s’alliant à Tencent, Ubisoft ne signait pas un chèque en blanc à un nouvel actionnaire majoritaire, mais s’assurait un allié de poids pour conquérir le marché mobile et le territoire chinois, sans céder de droits de vote double ou de siège au conseil d’administration à l’époque.
L’évolution du partenariat avec Tencent
Si l’accord de 2018 prévoyait que Tencent ne pourrait pas augmenter sa participation pendant plusieurs années, la situation a évolué en septembre 2022. Face à de nouvelles pressions du marché et une baisse de la valorisation boursière, les frères Guillemot ont une nouvelle fois fait appel au géant chinois. Tencent a investi 300 millions d’euros dans la holding familiale, permettant aux fondateurs de refinancer leur dette et de sécuriser leur contrôle sur Ubisoft, tout en permettant à Tencent de détenir indirectement une part plus importante du créateur d’Assassin’s Creed.
Aujourd’hui, Tencent est devenu un pilier central de la stratégie d’Ubisoft, notamment avec le développement de titres mobiles majeurs. Ce qui était initialement une « porte de sortie » pour échapper à Vivendi s’est transformé en une alliance durable, redéfinissant le visage de l’un des derniers grands éditeurs indépendants d’Occident.
Un futur toujours sous surveillance
Malgré cette stabilité apparente, l’avenir de l’actionnariat d’Ubisoft reste un sujet brûlant. Entre les rumeurs régulières de rachat total par des fonds d’investissement et la montée en puissance de Tencent, l’équilibre trouvé en 2018 semble être une étape de transition plutôt qu’une fin définitive. La saga de l’indépendance d’Ubisoft continue d’évoluer, prouvant que dans le jeu vidéo, les batailles les plus rudes ne se jouent pas toujours sur un écran, mais bien dans les bureaux des conseils d’administration.
Pour ne rien rater, abonnez-vous à Cosmo Games sur Google News et suivez-nous sur X (ex Twitter) en particulier pour les bons plans en direct. Vos commentaires enrichissent nos articles, alors n'hésitez pas à réagir ! Un partage sur les réseaux nous aide énormément. Merci pour votre soutien !

2 commentaires